Janvier 2021 à mars

Publié le par Michel Mourlet

 

 

 Janvier 2021

 

  Le vaccin et le Brexit. À ce jour (5 janvier), cinq cents personnes vaccinées en France  contre la Covid ; le million atteint au Royaume Uni. Chiffres anticipateurs de ce qui va se passer d’ici quelques années dans le domaine économique, à présent que, sans avoir abandonné le privilège de battre monnaie (qu’avec leur pragmatisme inoxydable ils ont toujours reconnu comme levier primordial) les Britanniques ont récupéré leur pleine et souveraine liberté d’action. En revanche, nous Français ligotés par Bruxelles avons la chance extraordinaire – les journalistes de la télé l’ont confirmé avec une lueur de joie dans les yeux – d’avoir reçu nos premières doses de vaccin le même jour et à la même heure que tous nos voisins de l’Union européenne. Admirable réussite. Merci à Micromacron, merci à ses électeurs, vive l’Europe et encore bravo !

 

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  Nouvelles de Villers-Cotterêts. La première fois que j’entendis évoquer la possibilité d’installer une Maison internationale de la Francophonie dans les murs royaux et puissamment symboliques de Villers-Cotterêts, ce fut il y a une vingtaine d’années, de la bouche de l’ambassadeur Albert Salon. Ardent militant de notre cause linguistique, président (d’honneur désormais) de l’association Avenir de la langue française, c’est un homme capable de susciter les synergies les plus improbables et de porter contre vents et marées jusqu’à leur terme, avec une opiniâtreté peu commune, les idées les plus ambitieuses ; par exemple : assigner au château d’où François Ier promulgua l’Ordonnance fondatrice le rôle de phare de la langue française, balayant de sa lumière l’océan glauque du globish.

   Une fois n’est pas coutume : Pour avoir souscrit à ce grand projet baptisé « Cité de la langue française », l’actuel locataire de l’Élysée mérite une ovation debout. À l’exemple des pyramides ou des arcs de triomphe, c’est ce qui restera de lui quand le rouleau du temps aura écrasé les minces traces de son règne.  Il a été alloué à cette Cité, je l’apprends sur la Toile, un budget de 185 millions d’euros pour restaurer le château, le rénover et le réaffecter à sa nouvelle mission. Vitrine de la langue, le chantier permettra aussi de sauver un monument de notre histoire, un témoignage capital de pierre et d’ardoise qui menaçait ruine

   Je parlais de nouvelle mission : cette Cité n’a pas seulement une vocation descriptive et mémorielle, historique et muséographique. On veut croire qu’elle abritera aussi des activités en rapport avec l’illustration et les perspectives d’avenir de la langue de Du Bellay dans le monde contemporain. C’est pourquoi, à l’initiative de son président Joël Broquet, le Carrefour des acteurs sociaux présente un catalogue de vingt-six propositions, publié ce mois-ci dans le n° 7 de la revue Vivre l’Histoire ( C.A.S. 103, avenue Parmentier, 75011 Paris).

  L’une de ces propositions m’est chère : la mise en valeur du patrimoine télévisuel français et, plus largement, francophone. Vers la fin des années 80, sous la forme d’une section rétrospective organisée en partenariat avec Paris I où j’enseignais alors, j’avais tenté d’y intéresser le président du Festival de télévision de Monte-Carlo, le prince Albert. Au début des années 2000, participant à l’élaboration d’un projet de restauration  – où en est-il ? du château de Chalus-Maulmont, j’avais imaginé un « Centre de l’audiovisuel » dont la pièce maîtresse eût été une téléthèque, connectée à une salle publique de consultation. Cette fois, je propose une chaîne alimentée en grande partie par les archives de l’INA et de tous les pays francophones, en même temps qu’attentive à l’actualité du « 8e Art ». L’idée de départ est simple : la « télé » aujourd’hui est dans l’exacte situation du « ciné » d’avant-guerre, « un art d’ilotes » (Georges Duhamel). À présent le cinéma est considéré comme un art véritable. La télévision et les téléastes suivront le même parcours.

                                                                       

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  Riccardo Freda. Il fut une époque bénie où Astruc écrivait dans Match, Bazin dans Le Parisien, Marmin dans Le Figaro, Siclier dans Le Monde, Skorecki dans Libé. De nos jours, la critique cinématographique trottine derrière le Box Office en feuilletant (dans le meilleur des cas) l’Encyclopédie Larousse du cinéma. On y trouverait difficilement, je crois, une entreprise analogue à celle de Jacques Lourcelles, hissant sur le pavois au début des années 60 un cinéaste aussi méconnu que Riccardo Freda. Le n° 17 de Présence du cinéma, à la couverture illustrée d’une photo du Géant à la cour de Kublai Khan, fut pour beaucoup dans cette reconnaissance. Et il est plus que probable que sans les efforts de Lourcelles, de l’attaché de presse Simon Mizrahi, puis de Bertrand Tavernier, les films de Freda, comme tant d’autres de la même cuvée, n’auraient jamais eu accès aux chaînes « cinéma » de la télévision. Je songeais à cela après avoir regardé la Vengeance de l’Aigle noir, film d’aventures captivant et brillantissime, adapté d’un roman de Pouchkine. Que faire de mieux que de citer Lourcelles, et son fameux Dictionnaire de la collection Bouquins : « Rythme savant du découpage ; stylisation splendide de la reconstitution plastique ; scènes d’action collective, duels et poursuites au brio effréné ; fantaisie et puissance : pourquoi ces qualités seraient-elles abandonnées au seul cinéma américain ? »

 

   Février

                                                                                            

  La naïveté et le remerciement. En octobre dernier, je notais ici même : « Il y a une semaine le lieu de l’abattage était l’école publique, aujourd’hui une basilique à Nice, demain un marché, une gare, un autobus. » Je me reproche de n’avoir pas pensé à l’endroit le plus approprié, le plus emblématique pour perpétrer un de ces actes sanguinaires, inédits par leur mobile dans l’histoire de la criminalité en France, et que nous devons à diverses initiatives saugrenues de nos démocraties depuis la fin de la deuxième guerre mondiale. Actes qu’on pourrait définir comme la marque d’ingratitude des populations accueillies sur notre sol ; marque comparable à ce fait divers  – inscrit il est vrai dans un registre crapuleux sans motivation militante : il y a quelques années, l’assassinat d’un prêtre par un individu sans  ressources à qui il avait eu l’imprudente générosité d’ouvrir sa porte.

   Ainsi, je n’avais pas songé à cette évidence : le lieu le plus approprié au meurtre d’un citoyen de la la nation abhorrée par ceux à qui elle donne asile (cf. les injures des « rappeurs »), ést précisément un Centre de demandeurs d’asile. Et son directeur, qui appartenait sans nul doute comme nos curés égorgés à la phalange des secouristes, qui peut-être n’avait pas de mots assez durs pour qualifier l’égoïsme des nantis, était tout désigné, littéralement promis au rôle de victime. Si je militais à la Ligue des droits de l’homme, je solliciterais d’urgence une protection policière.

                                                                   

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  Les Maux de la langue :  candidater. L’une des sources principales du mal-parler, on le sait de reste, est le journalisme audiovisuel, auquel s’ajoute maintenant la Toile, dont les potins frôlent souvent le charabia. (Le journalisme papier s’en tire un peu mieux.) Le C.S.A. semble avoir baissé les bras en ce domaine, afin de se consacrer à son rôle de police des mœurs et de la pensée. Aux yeux de ces gens-là, la surveillance idéologique est infiniment plus importante que la correction grammaticale.

    Depuis « un certain temps », comme le précisait Fernand Raynaud, le flot des ondes dépose sur notre rivage un nouveau mot. L’ouïe ne s’améliore pas avec l’âge : la première fois, j’ai cru avoir mal entendu. Mais le même vocable  ayant derechef heurté mon tympan, il n’y eut plus de doute possible. Le mot était...  « candidater ». Un chômeur avait bel et bien « candidaté » un (ou à un?) emploi.

   Je ne suis pas de l’espèce qui qui subit sans regimber ou qui s’entête dans l’ignorance. Je me précipitai sur tous les dictionnaires que j’avais sous la main : le Littré en quatre volumes, les grand et petit Robert, le Larousse du XXe siècle, les quinze in-quarto de la première édition du Larousse du XIXe, les deux gros tomes sous étui du Dictionnaire historique de la langue française d’Alain Rey. Autrement dit le bagage, réduit à l’indispensable, de quelqu’un qui prétend faire son métier de la communication par le langage. Et en pèse la responsabilité.

  En pure perte. Aucune trace de « candidater ». Mais en bonne place et partout, le seul verbe que j’aie entendu et lu toute ma vie dans cet emploi : « postuler ». On se moquait de Georges Marchais : la conjugaison de « résoudre » dépassant ses capacités oratoires, il se rabattait prudemment sur le barbarisme « solutionner ». Au moins y avait-il dans « résoudre » une difficulté de désinence entre les différents temps et modes. Mais « postuler » ? Verbe du premier groupe sans la moindre irrégularité ? Je postule, je postulerai, que je postule… Faut-il comprendre que dans un ensemble signifiant, leurs neurones ne sont plus capables d’absorber que des mots de même étymologie ? Continuer à glisser sur cette pente simplificatrice serait une expérience enrichissante pour l’histoire des langues. Elle devrait aboutir à leur point de départ : une vingtaine de cris, borborygmes et grognements.

                                                                    

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  Le fantôme de Parvulesco. C’était en 1993, après une représentation d’une de mes pièces au théâtre de Levallois. Deux de mes amis : Jean Parvulesco, grand halluciné de l’intrication des arrière-mondes avec la géopolitique, et Christopher Gérard, le plus Parisien et le plus élégant des écrivains belges, étaient venus chez moi  finir la soirée autour d’un tonnelet de calvados. La conversation roulait sur le théâtre. Il convient d’être prudent avec sa mémoire ; cependant je crois bien me rappeler que ce soir-là, j’ai raconté mon bonheur d’avoir assisté à un spectacle jadis recommandé avec entousiasme par Fraigneau.  Trente ans auparavant, alors que nous n’habitions pas encore un Lilliput peuplé d’homuncules et de viragos[1], il m’avait dit : « Allez au Studio des Champs-Élysées, on y joue Axël, le monstre théâtral un peu raccourci de Villiers de l’Isle-Adam. Vous serez étonné. » Ayant suivi le conseil, à la sortie je me suis retrouvé avenue Montaigne avec la sensation de flotter dans la stratosphère. Tant de grandeur hautaine et désolée, tant d’ironie funèbre dans la quête de ce que Valéry nomme l’Esprit pur, m’avait foudroyé. Une grandeur alors audible, inconcevable aujourd’hui où l’on n’ose même plus prononcer le mot. « Vivre ? Laissons cela aux domestiques ! » Imaginons cette réplique tombant dans l’oreille d’une Mme Schiappa. La mise en scène, d’une fidélité inspirée, était l’œuvre, je dis bien : l’œuvre, à part entière, d’Antoine Bourseiller.

   Et voilà que je viens de recevoir un mince et joli volume édité par La Table Ronde, intitulé En cherchant Parvulesco et orné de la signature… de Christophe Bourseiller ! La Table Ronde : Fraigneau, Déon, Salvat, Laudenbach ; Parvulesco, le poète mort en 2010, le prophète du Grand Gaullisme continental, inspirateur occulte de Dominique de Roux et d’Alexandre Douguine, mystificateur impénitent, conspirateur imaginaire, explorateur mystique des abysses tel un Lovecraft touché par la Grâce. Et pour couronner le tout, un Bourseiller qui me ramène à l’autre, son beau-père ! À l’évidence, ce livre-là était prédestiné à ma boite aux lettres.

   « En passant par la Lorraine », « En attendant Godot » : l’une des fonctions du participe présent, renforcée par « en », est d’indiquer la concomitance avec son activité principale d’un état ou d’une action secondaires du sujet. En attendant Godot, Vladimir et Estragon vont échanger des propos plus saisissants que la circonstance qui leur sert de cadre. Il en va de même pour « En cherchant Parvulesco », titre qui d’abord nous informe qu’il n’affiche pas tout le contenu de l’ouvrage.

   Ouvrage singulier : recherche moins du temps perdu que de soi-même, de sa propre image en devenir à travers un essai d’élucidation de deux personnages, Godard et Parvulesco. Pour des raisons à la fois intimes et chronologiques, Godard est le pivot des premiers temps, enfance et jeunesse, autour de quoi tourne le livre. Parvulesco, venu plus tard, demeure à la périphérie ; prétexte, on l’a compris par le titre, ou plutôt alibi d’une manière de bilan : de la relation de l’auteur avec le cinéaste, qu’il surnomme son « parrain ». Et par ce détour voici que je retrouve Christopher Gérard et son Prince d’Aquitaine, dont le narrateur apostrophe le Père drapé dans son indignité.

   Car le bilan de Christophe Bourseiller n’est pas moins amer. Son récit et son analyse du comportement de Godard à son endroit montrent un artiste qui dans le privé ressemble à son œuvre : brouillon sur les principes mais clair sur la stratégie ; esbroufe moderniste, reniements, indifférence complète à autrui sous le couvert de l’« engagement » ; fidèle, certes, mais aux caprices du baromètre. Une permanente inauthenticité faite pour plaire à une société passée par cheminement logique du « spectacle » à l’imposture, légalisée et codifiée.

  Parvulesco, lui, propose à Bourseiller, non pas la déconvenue d’une confiance juvénile, mais une énigme, un peu dans le même registre : était-il sincère ? Était-ce un charlatan ? Il semble que deux éléments au moins permettent de trancher. En premier lieu la fidélité d’Éric Rohmer à son égard. Rohmer n’était pas homme à se laisser prendre à l’imposture, encore moins à s’y attacher. Ensuite, la pauvreté matérielle où se débattait l’écrivain. La misère n’est pas la situation habituelle des profiteurs de crédulité. Mythomane ? Sans doute, mais capable de transmuer sa mythomanie en poétique et sa poétique en métaphysique de l’Histoire. D’autres s’y sont essayés qui ne sont pas tenus pour des farceurs délirants .

   Un dernier mot, à l’attention spéciale de Christophe Bourseiller : dans votre livre, cher Monsieur, vous faites de moi un « vieil ami » et complice de Godard. Mes lecteurs et ceux qui me connaissent savent ce qu’il en est. Autant mes rapports avec Rohmer furent assez suivis et, quoique  plus rares, cordiaux aussi avec Truffaut,  autant ma relation avec Godard fut brève et, pour une bonne part, involontaire. Hormis une apparition pratiquement invisible dans À bout de souffle (où Jean-Pierre Melville se nomme Parvulesco !), mon seul lien avec lui est, en exergue du Mépris, la citation que vous signalez   d’une de mes phrases, qu’il attribue à André Bazin. Il convient d’ajouter que la phrase en question, recopiée de travers, y est dépourvue de sens, comme l’ont relevé plusieurs commentateurs et comme je l’ai expliqué à maintes reprises, notamment dans l’Écran éblouissant et dans un long entretien sur France Culture, au sommaire de mon récent  Survivant de l’âge d’or.

 

                                                                                                                                                                 

   Mars                                                                                    

 

   L’omerta. L’erreur de diagnostic sur la nature d’un mal ou, plus grave encore puisque sans issue, son déni délibéré, et le traitement sans effet qui en découle, n’ont jamais amélioré d’un iota l’état du malade. Ce qu’on entend ce natin du 1er mars sur France Info au sujet des meurtres d’adolescents dans l’Essonne est le parfait exemple d’un conciliabule d’autruches. Nos volatiles s’entretiennent gravement, la tête enfouie dans le sable, de causes psycho-sociologiques présumées qui seraient applicables à n’importe quel profil de citoyen, se gardant bien d’évoquer l’unique raison qui fait que ce type d’événement se produit toujours (sauf exception, bien sûr...) aux mêmes endroits et par la faute de la même catégorie de population. De même dissimule-t-on aux Français la composition du peuplement carcéral. On parle souvent d’omerta mais jamais de l’omerta officielle : gouvernementale, médiatique, associative, concernant certains sujets.

  La cause unique de ces désordres et de ces crimes inimaginables dans ma jeunesse est l’incurie de notre politique migratoire depuis les années Giscard. Politique alors exigée par les grandes entreprises friandes de main-d’œuvre à bon marché, aujourd’hui par des moralisateurs doublement responsables, j’allais dire criminels : à l’égard de leurs concitoyens comme à l’égard des populations déracinées. Plutôt que de couvrir d’un mouchoir ce sein ensanglanté, tant qu’on n’aura pas désigné ouvertement, honnêtement, la cause des désordres, et qu’on n’aura pas à tout le moins commencé d’envisager des mesures sérieuses pour la réduire, nos villes continueront à se transformer peu à peu en Chicago d’avant-guerre. Il faudra bientôt y circuler armé pour ne pas trop risquer sa peau. Car malheureusement, les mêmes causes produisant toujours les mêmes effets, la situation va empirer, comme elle s’aggrave sous nos yeux depuis bientôt cinquante ans. Le bavardage des autruches n’y changera rien.

 

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  Guignol. Après la dissolution de Génération identitaire pour avoir déployé des banderoles, voilà qu’arrivent à point nommé les mésaventures judiciaires de M. Sarkozy. On pense à un général qui aurait perdu la guerre et serait accusé (sans preuve) d’avoir dérobé une paire de chaussures vernies pour assister au mariage de sa sœur. C’est en tout cas l’impression ressentie par beaucoup de gens au spectacle assez pitoyable de l’acharnement dont il est victime à propos de conversations téléphoniques sans suite et de dépenses de drapeaux en papier, alors que depuis son quinquennat la France éprouve les effets désastreux de deux fautes autrement graves : le coup d’État européiste relatif au traité de Lisbonne légalement rejeté par référendum, qui a enfoncé un peu plus notre pays dans le pétrin bruxellois, et l’expédition libyenne. Supprimant le verrou kadhafiste, elle a ouvert toutes grandes nos portes déjà fort entrebaillées au terrorisme islamiste et au déferlement migratoire. Ces fautes, à notre avis, pèsent plus lourd dans le bilan de l’ancien président que ses frais de cacahuètes salées. D’ailleurs, il suffit d’entendre autour de soi la vox populi : le procès politique interminable qu’on lui intente en multipliant les chefs d’accusation vaut à « Sarko » un fort regain de sympathie. À guignol, les gendarmes sont toujours conspués. C’est tout ce qu’auront gagné, s’ils s’obstinent, les tribunaux macroniens.

 

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   Message personnel. À Catherine Distinguin, qui vient d’être élue présidente de l’association Avenir de la langue française (Félicitations, Catherine!) et qui me remplace avantageusement aux commandes de l’émission Français mon beau souci, en attendant l’abdication du virus couronné. On comprendra qu’il s’agit, concernant l’émission, d’une petite discussion au sujet d’un invité éventuel :

   « Je sais depuis longtemps, ma chère Catherine, où se situe M. *** et d’ailleurs je subodore qu’il n’accepterait pas de venir à Radio Courtoisie. Je n’ai donc jamais eu l’intention de l’y convier !

   Mais je prends en considération  le rôle informatif d’un média, qui n’a pas à  ignorer des événements  ni à exclure des invités  selon ses préférences politiques ; sinon il devient « la Voix de son maître » à l’instar de l’engeance médiatique officielle que nous ne cessons de dénoncer. Secondement j’ai pour principe depuis mes débuts lointains dans le monde de l’expression écrite, en particulier quand j’ai dirigé Présence du cinéma et Matulu, de ne tenir aucun compte des étiquettes et d’utiliser ce que chacun peut apporter à la cause que je défends, quel qu’il soit, représente, ait été, fasse ou ait fait par ailleurs. Je rejette absolument, comme contre-productif et dépourvu de l’intelligence du réel, l’amalgame vie privée-vie publique-opinions politiques, tel qu’on le pratique en général et spécialement de nos jours. Par exemple, se priver des services d’un génie scientifique ou artistique au motif qu’il aurait, il y a vingt ans, chiffonné un peu vivement un jupon, relève de l’imbécillité caractérisée : celle de notre époque de nains hypocrites et de secouées de la passoire. En un mot, si Staline, Hitler ou Satan en personne défendaient la langue française, je leur tendrais un micro amical sans aucun problème de conscience. »

   (Je sens que je vais encore me faire des amis !)

                                                                           

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   Volte-face. Ce mercredi 10 mars, nos journaux télévisés exultent à l’unisson : la France « relocalise » (comme si elles n’avaient plus été localisées nulle part) ses industries pharmaceutique et textile. Et cela recrée des emplois ! Puis-je me permettre de suggérer qu’on en recréerait encore davantage, et que nous serions encore un peu moins dépendants de la production étrangère, si nous « relocalisions » la sidérurgie et toutes les fabrications lourdes ou électroniques que nous avons laissé filer. Mais le plus réjouissant n’est pas là. Ceux qui n’ont pas la mémoire courte se rappellent les explications savantes des économistes et les commentaires euphoriques des salles de rédaction qui accompagnèrent la « mondialisation » : la répartition des savoir-faire, le merveilleux développement international des échanges et de la concurrence dont allaient bénéficier les consommateurs... Sous-entendu : aux pays surdéveloppés les « services », tout le virtuel et le dématérialisé ; aux autres les mains dans le cambouis. C’est à peine s’ils apercevaient la nécessité pour une nation de fabriquer son propre armement. Et les Cassandres embarquées dans ce train fou, qui tiraient la  sonnette, étaient regardés comme s’ils avaient  réclamé le retour des diligences.

  Ce qui, dans mon prochain départ de la planète, me fait enrager plus que de raison, c’est que je ne verrai pas, je n’entendrai pas les politologues, les spécialistes de l’économie, les présentatrices des journaux télévisés ni le président de la République, lorsqu’ils annonceront avec leur plus large sourire de circonstance la fin de la paralysie bruxelloise, de la tutelle allemande, de l’allégeance à Washington, et des méfaits de la monnaie unique : la France libre et souveraine à nouveau. Et je ne connaîtrai pas le nom du général ou de la bergère qui aura accompli ce miracle !                                                                 

 

[1] « Les nouveaux systèmes d’éducation ne sauraient aboutir qu’au dressage de hideux homuncules », prophétisait Bernanos en 1938 (les Grands Cimetières sous la lune).      

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