Janvier (suite) à avril

Publié le par Michel Mourlet

Janvier (suite)

 

Lumières sur l’obscurantisme. Les puritains protestants, rotant leur bière, qui espionnent les chambres à coucher, dénoncent leurs voisins et que l’on voit à l’œuvre depuis l’ère victorienne et la victoire de Gettysburg ‒ deux chapitres d’Histoire dont les dégâts collatéraux sont la pornocratie et les crimes en série, inventions anglo-saxonne comme on le sait depuis Larry Flynt et Jack l’Éventreur ‒, effectuent en ce moment un retour en force. Hypothèse : ce regain ne serait-il pas dû à une communauté d’intérêts avec les obsédés islamistes, spécialistes de l’égorgement, grands amateurs de ces tueries qui soulagent la libido ? Il y a assurément une convergence objective entre les deux calamités, portées par la volonté féroce d’instrumentaliser la religion et la morale pour asservir la cité. Que la décision de supprimer la garniture de jolies filles qu’une aimable tradition plaçait au départ des courses automobiles ait été prise aux Etats-Unis n’a donc rien pour surprendre, pas plus que d’entendre invoquer au sujet de cette mesure rétrograde, par un bel effet d’oxymore, la « modernité sociétale ». Celle-ci en France ne sera rien d’autre non plus que la résurgence de sinistres préceptes, en même temps que l’accueil à bras ouverts des archéobarbus de l’avant-garde coranique.

Il faut comprendre en effet que ce n’est pas seulement pour complaire à une poignée de féministes au Q.I. de petit crabe vert et aux pinces menaçantes que les autorités américaines se livrent à ce type de démonstration. C’est surtout pour réinstaurer du mieux qu’elles peuvent un ordre moral qui avait permis à Hollywood l’occultation du nombril féminin, édictée dans les années trente par le Code Hays au grand dam de Cecil B. DeMille. Que, sous couvert de « protection de la femme », un certain nombre d’interdits du même calibre ombilical soient en train de se réinstaller dans la société française, ce retour de balancier satisfera d’abord toute une engeance associative, médiatique et bien-pensante : non seulement les Pères-la-Vertu et les Mères-la-Pudeur qui légalisent Sodome et Gomorrhe pour mieux enchaîner Éros, mais aussi ceux qui en attendent plus de confort chez-eux-chez-nous pour les porte-flambeaux de l’obscurantisme.

 

 

Départ de Guy Dupré. La garde rapprochée de Barrès compte un soldat de moins. On lira avec profit le numéro que la revue littéraire Livr’Arbitres prépare pour le printemps et où Patrick Wagner va publier un dossier « spécial Dupré » en hommage à l’auteur des Fiancées sont froides... dont l’apparition dans nos Lettres avait été saluée par les pires ennemis de Barrès : les surréalistes. Ce rapprochement paradoxal souligne l’ambivalence qui nourrit l’œuvre de Dupré, unissant la moiteur des sensations vécues à la rectitude rêvée de l’ordre militaire, ambivalence qui est celle même de Barrès et de Vigny.

 

Février

 

Barrès dans le métro. Un soldat de moins pour Barrès, disais-je, mais sans doute en existe-t-il, anonymes, dispersés, qui s’éveillent un peu partout comme lèvent dans les champs de France les pousses vertes des blés. Cette pensée réconfortante me vient à la lecture du dernier livre de Michel Marmin : Chemins de Damas et d’ailleurs, chez Auda Isarn, maison d’édition toulousaine qui a le mérite de publier aussi mes amis Philippe d’Hugues et Arnaud Bordes... et Benito Mussolini, auteur à vingt-six ans d’un roman, la Maîtresse du cardinal. En dépit des noms énumérés, je précise à l’intention des honorables commissaires d’inquisition qui nous surveillent que Mussolini, assassiné quand j’avais dix ans par la populace qui l’avait porté au pouvoir, n’a pas été de mes intimes. Pas plus, d’ailleurs, que je n’ai lu son roman, inspiré selon la rumeur par Gaboriau et Eugène Sue. Mais j’ai lu le recueil de Marmin, composé de poèmes et de son « Journal de marche » de 2002.

C’est dans ce Journal joyeusement, gauloisement et savamment mobilisé par une seule idée fixe : les spécimens du sexe d’en face croisés sur son chemin (des Dames plutôt que de Damas), c’est là, disais-je, que je relève ce fragment d’une évocation du métro parisien, consacrée à une jeune sportive en survêtement à l’apparence un peu ingrate, mais... « Je remarque quand même son regard intelligent et grave, penché sur un livre qu’elle lit avec la plus extrême attention, au point de ne pas se rendre compte que je me tords le cou pour en voir le titre. Je suis stupéfait et bouleversé. C’est la vieille édition Nelson des Déracinés de Barrès ! Qui est cette drôle de fille, mise comme une vague lycéenne de banlieue, qui lit Barrès le 4 novembre 2002 dans le métro ? » Cette rencontre de hasard comme les aimait André Breton ne nous ramène-t-elle pas tout droit à Guy Dupré ?

 

 

Diversité, Égalité, Choucroute. Cet hommage appuyé au regretté Jean Yanne m’est dicté, pourrais-je dire, par le bibelot d’inanité sonore arboré en couverture du dernier numéro du magazine de la S.A.C.D. (Société des auteurs et compositeurs dramatiques, dans les prêches de laquelle, bien qu’y appartenant, j’ai peine quelquefois à me sentir chez moi) ; numéro daté « Hiver 2018 » : pareil à la coquille cannelée du mollusque nommé dolium géant, un poing fermé résonne du bruit, non de la mer, mais de ce fier slogan : « Égalité, Diversité, Engageons-nous ! » On imagine tout de suite les bataillons d’auteurs (et d’auteures, teuses, trices ou toresses) parachutistes, sautant sur les banlieues chaudes comme Malraux sur l’Espagne en juillet 36. Et, frémissant encore de cette vision, on arrive au dossier annoncé par la couverture. Catalogue ? Catéchisme ? On hésite, à la lecture de ce recueil des clichés de l’église bien-pensante, rabâchés par la Bonne Parole officielle depuis Sœur Françoise Giroud. Antiphonaire serait peut-être plus approprié, mais avec ce qu’il faut de menace policière pour donner le « la » : « Une évolution des mentalités reste encore nécessaire. La recherche de l’égalité doit devenir un réflexe. Faut-il prendre des mesures coercitives en attendant ? La question se pose. » Voilà ce qu’on peut lire en 2018, sorti de la bouche d’une Stalinette en jupon, une dame Morin-Desailly, sénatrice de ceci, présidente de cela, dans un périodique censé défendre l’indépendance, notamment de pensée, des créateurs et des artistes. Non plus enfants terribles de Molière, de Beaumarchais, de Jarry, d’Artaud, de Vitrac, d’Ionesco, d’Anouilh, mais bâtés, pauvres bardeaux, étrillés, bouchonnés et subventionnés pour trimballer leurs ballots de directives et de quotas.

 

 

Le rêve des Europiomanes. La décentralisation qui décongestionne la tête au profit des membres et permet de se consacrer plus complètement aux tâches régaliennes est en soi une excellente formule, mais dont on aperçoit les limites : en Catalogne, par exemple, où, vidant la tête, elle engage à penser avec les pieds. En France, la disparité des provinces de par leur histoire, leur population, leur géographie, est telle que l’unité de la nation française repose sur une espèce de miracle permanent, ou encore de création continue, comme diraient les théologiens, depuis nos premiers rois. Et il ne faudrait pas me pousser beaucoup pour me faire dire que le jacobinisme a terminé (un peu trop brutalement) ce qu’ils avaient commencé... Détricoter cela au profit de « régions » de plus en plus autonomes serait extrêmement dangereux pour la nation, car l’« Europe » est en embuscade.

Je viens d’en trouver confirmation dans le livre, au demeurant assez drôle, et traversé d’éclairs de sens commun (ainsi : les raisons de reconstruire le palais des Tuileries) d’un haut fonctionnaire, M. Michel Le Net. Il est l’auteur d’un nombre impressionnant d’ouvrages, à la Documentation française notamment, sur des thèmes de communication et d’économie, qui jettent des passerelles entre politique et entreprise. Son livre, publié chez Jean Picollec, s’intitule Ça pique ! Deux phrases y expriment en clair ce que depuis Maëstricht (orthographe française au temps de d’Artagnan) on sent remuer sourdement sous les agissements bruxellois, qui en bonne logique ne sauraient viser à long terme qu’un seul objectif : la dislocation des États et la fin de leurs histoires respectives, afin de confectionner dans la marmite allemande un pot-pourri fédéral.

Voici donc l’énoncé du rêve, p. 125 : « Des provinces au lointain passé, bien plus anciennes que le pays, comme la mienne et d’autres, vivront toujours quand les entités politiques qui les ont absorbées auront disparu. Si une future Europe s’annonce à l’horizon, avec Bruxelles comme capitale, nos régions ancestrales seront en ligne directe avec le nouvel État. D’où l’urgence de la démarche. Je sais qu’on y arrivera. » Tel est, pour l’« entité politique » que certains d’entre nous appellent encore la France, l’avenir espéré par un haut fonctionnaire breton. Et il est loin d’être le seul. Ceux qui, en 1992, ont lu l’Europe déraisonnable, ceux qui, en 2002, ont lu Pourquoi Chevènement, ne seront pas surpris.

 

 

Mars

 

Max Naldini. À un auteur débutant qui venait d’achever un drame en cinq actes et s’arrachait les cheveux à la recherche d’un titre, Tristan Bernard demanda : ‒ Y a-t-il des tambours dans votre ouvrage ? ‒ Non, répondit le débutant. – Y a-t-il des trompettes ? ‒ Non plus. ‒ Eh bien, jeune homme ! le voilà, votre titre : « Sans tambours ni trompettes. » Max Naldini a fait mieux encore. Il vient de publier un recueil de six pièces de théâtre, intitulé Six pièces de théâtre. Titre minimaliste à l’image de ses textes : le genre simple et brutal, avec une belle dose d’humour ravageur. J’ai écrit, naguère dans Valeurs Actuelles, plus récemment dans mon livre de souvenirs, tout le bien que je pense de l’œuvre naldinienne, bloc isolé d’une rare cohérence et de puissante saveur qui prolonge la force théâtrale des années cinquante (Vauthier, Beckett, etc.) parmi les fadaises de notre post-modernité.

Ces six pièces, je les ai toutes applaudies au Théâtre de Levallois entre 1980 et 2000, dans la salle qui aujourd’hui porte le nom de « Salle Naldini ». La création malheureusement l’a désertée, mais le nom demeure, et le souvenir inoubliable de quelques soirées terminées avec les comédiens dans un bistrot du quartier ‒ et dans l’amitié joyeuse. Les meilleurs critiques de tous bords : Jean-Luc Jeener, Bernard Thomas, Jacques Nerson, Gilles Costaz, les applaudissaient aussi. Foin des entourloupes et des magouilles ! Monsieur le Maire de Levallois-Perret restera pour Max Naldini l’homme qui a permis à son art d’exister pleinement dans la durée. Aux ancêtres de Max, c’est-à-dire les Italiens intelligents, peu importait que Jules II préférât l’odor di femmina à celle de la sainteté et le sabre au goupillon, pourvu qu’il fût mécène de Raphaël !

 

 

La main de Moscou. Quinze jours avant la réélection plus que probable du président Poutine, on découvre l’empoisonnement d’un ex-espion russe et de sa fille à Salisbury, au sud de l’Angleterre. Dans les instants qui suivent, le gouvernement britannique accuse la Russie, identifie le poison comme étant de fabrication russe ‒ mais se garde d’envoyer l’échantillon réclamé par Moscou pour analyse ‒ alerte les chancelleries, reçoit l’appui inconditionnel de Washington. Et, hélas !, de Micromacron à la remorque de Washington avec le même zèle aveugle et précipité que ses prédécesseurs immédiats. (Imaginons de Gaulle, ou même M. Chirac en semblable circonstance.)

On se rappelle sans doute la campagne d’intoxication anglo-américaine qui avait précédé l’intervention en Irak, campagne à laquelle le président Chirac avait judicieusement résisté. On se rappelle aussi la palinodie et les excuses piteuses de M. Tony Blair, responsable de la mort de tant de soldats britanniques à la recherche d’armes qui n’existaient pas. Pis : co-responsable du séisme consécutif à l’élimination de Saddam Hussein : chaos irakien de vengeances, bouillon de culture sunnite où le virus de Daech s’est développé, de même que l’initiative libyenne de M. Sarkozy a déclenché l’invasion migratoire, de même qu’en remontant plus haut, pour contrer l’URSS en Afghanistan l’armement d’Al Qaida par les Américains s’est retourné contre eux. Il est dommage d’oublier toujours les causes premières des effets sur lesquels on pleurniche, en limitant son champ visuel au périmètre de ses souliers. Au lieu de compter et recompter des budgets de campagne ou de s’indigner des pelotages dans le métro aux heures de pointe, qui, on l’avouera, entraînent peu de conséquences sanglantes pour les populations, on ferait mieux de réfléchir à la notion de « bêtise criminelle d’État ».

Ainsi, la constance des erreurs anglo-saxonnes, volontaires ou non, en matière de politique extérieure devrait inciter à beaucoup de prudence. On pourrait s’interroger, par exemple, sur l’intérêt de Vladimir Poutine à soulever la réprobation de la « communauté internationale » à quinze jours de l’élection russe. En revanche, on voit assez bien l’intérêt des États-Unis : tenter à chaque occasion de réactiver la guerre froide, pour s’opposer au redécollage de la puissance russe en déstabilisant son pilote. Sans aller chercher aussi loin, cette affaire sent à plein nez le règlement de compte au fond d’un couloir des services secrets. Et puis, non seulement l’espion n’est pas mort, mais il semble avoir de grandes chances de s’en sortir. D’ordinaire, l’Œil de Moscou voit plus clair, et sa main travaille mieux.

 

 

Les Maux de la langue : anglicisation galopante. Il ne se passe pas de jour que le journal télévisé ne nous serve une expression anglaise toute fraîche, pour désigner un sport nouveau, une pratique commerciale, une maladie nerveuse ou une manière inédite d’escroquer son prochain. On condescend en général à en fournir aussitôt la traduction, une fois pour toutes, à l’usage d’éventuels illettrés qui ne baragouineraient pas l’angloricain. Encore aujourd’hui (lundi 19 mars), M. Gilles Bouleau nous apprend l’arrestation d’une bande d’escrocs spécialisés dans le rip deal, information qu’il s’empresse, d’un air narquois, de compléter : « En français : escamotage. » Renseignements pris, il s’agit simplement d’une arnaque de faux billets remplaçant les vrais. Seul le mode opératoire : un complice caché dans un meuble pour procéder à l’échange des coupures, justifie peut-être une appellation particulière. D’où le terme « escamotage », qui semble parfaitement convenir. Dès lors, on s’interroge : pourquoi vouloir imposer rip deal ?

Sans être pour autant adepte du « complotisme », il est permis de se dire que par sa fréquence et sa régularité sur les antennes, cette conduite d’exclusion des mots français a une allure trop systématique pour être inspirée du seul désir crétin d’avoir l’air à la page. Qu’aucune voix ne s’élève parmi les autorités responsables des médias audiovisuels contre ce sabotage – ou sabordage – de la langue fournit peut-être une indication. À l’appui de ces remarques, voici d’autres échantillons récents de tissu linguistique, prélevés sur la peau pustuleuse de médias qui, par volonté maligne ou stupidité pure, tentent d’implanter dans des oreilles et des cerveaux innocents le globish des moutons mondialisés.

Speed dating. Ânonné tout au long d’un reportage explicatif de TF1 sur certains échanges rapides de propos d’ordre professionnel organisés autour d’un thème ou pour tout autre motif. « Rencontre expresse » aurait fait l’affaire. À l’acception ordinaire : «  formulé de sorte à ne laisser aucun doute sur un dessein formé de manière ferme et détaillée », « expresse », féminin d’« exprès », ajoute une idée de vitesse attachée aux trains non omnibus ; emprunt à l’anglais qui l’avait lui-même emprunté au français et que le chemin de fer a réinstallé chez nous. Pour apporter la touche involontaire de comique indissociable du snobisme anglomaniaque, précisons que le speed dating, dans l’anglais le plus courant, est une « brève rencontre » organisée par une agence matrimoniale ou un site pour célibataires en quête de l’âme sœur.

Fake news. Ici, un vertige nous prend. News signifie « nouvelles », « informations ». fake veut dire « fausses ». Il existe donc en 2018 des journalistes français, s’exprimant en français, qui, ne connaissant pas les mots « information » et « faux », ont besoin de recourir à l’anglais pour désigner des informations truquées ou inventées en ligne. On comprend pourquoi nos cousins de la Belle Province se tapent sur les cuisses en commentant les journaux français. Et qu’on n’aille pas prétendre que nous manquons d’un terme spécifique pour nommer les forgeries répandues sur la Toile. L’angloricain en manquait tout autant, mais n’en avait nul besoin, comme il se doit. Car l’angloricain, lui, n’a pas oublié que dans toute phrase c’est le contexte qui pour moitié informe le vocable.

Suite de notre petit glossaire au prochain numéro.

 

Avril

 

Retournements. Liane de Pougy, grande cocotte de la Belle Époque, m’intéresse infiniment plus que Cléo de Mérode, la Belle Otéro ou Émilienne d’Alençon. Pour la même raison que Mme de Maintenon, d’abord éduquée par Ninon de Lenclos, peinte en très simple appareil par son amant Mornay, préférant selon ses propres dires un vieux mari infirme plutôt que le couvent, puis parfaite sainte nitouche en veuve Scarron ; ou Théodora, la fille du gardien des ours de Byzance, petite prostituée devenue impératrice. Voilà trois dames qui ont commencé par la galanterie et fini dans la dévotion. Les caractères monolithiques, les parcours rectilignes, ne sont pas follement passionnants. Ceux qui bifurquent, font volte-face, se métamorphosent – en bien ou en mal – retiennent davantage l’attention des « amateurs d’âmes », comme disait Barrès.

Picorant dans Mes Cahiers bleus, le journal intime de Liane, qui fut aussi romancière, princesse roumaine... et tertiaire dominicaine, je tombe sur cette phrase, datée du 9 septembre 1922 : « Je lis Mme de Maintenon, sa correspondance. Comme elle aimait à conseiller, celle-là ! » Suit une cascade de reproches. Étonnante rencontre. Pourquoi lisait-elle la correspondance de Mme de Maintenon ‒ lecture, on l’admettra, peu courante ‒ elle qui ignorait encore qu’elle la rejoindrait un jour sur les bancs de l’Église ? Avait-elle la prescience obscure d’une parenté de destin ?

 

 

Des experts pour quoi faire ? Sans préjuger de la suite, sans présomption d’aucune sorte, je note pour mémoire une anomalie dont je n’ai encore ouï nul écho ‒ nous sommes au soir du 14 avril ‒ dans les journaux télévisés, ni à France Info dont, le matin, par masochisme pur, j’endure les solécismes, barbarismes, anglicismes inutiles et fautes de prononciation déversés à foison. L’anomalie, de l’ordre cette fois du pataquès politique, est la suivante : Une mission est envoyée en Syrie par une organisation internationale d’experts pour déterminer la pertinence ou non des accusations d’emploi d’armes chimiques par l’armée gouvernementale. Or, le début de l’enquête étant prévu pour le lendemain, trois gouvernements, forts de leur « intime conviction » et sans autre mandat que d’eux-mêmes, lancent dans la nuit du 13 une opération de frappes aériennes « pour punir Bachar El Assad » dont on ignore encore s’il est coupable ou non. Car pour ce qui est des munitions dont on se borne à nous montrer les effets et à supputer la provenance, il va sans dire que d’autres scénarios sont concevables, élaborés pour d’autres motifs. Le Tony (l’innocent des Highlands) et les mânes de Saddam Hussein en savent quelque chose. Ainsi, de deux hypothèses l’une : ou bien M. Trump et ses valets de pied ont posé en axiome l’incapacité des experts, ou bien ils se sont dépêchés de frapper avant la publication de leur rapport. Dans l’un ou l’autre cas ils auront surtout prouvé que la légalité internationale, quoi qu’ils prétendent, n’est pas leur préoccupation majeure...

 

 

Barouf à l’université. Quelques personnes que j’ai bien connues, issues d’un milieu plus que modeste, instruites par l’école publique au début du XXe siècle, sorties de cette école à quatorze ans avec leur seul certificat d’études, écrivaient mieux le français que la moitié de mes étudiants en année de licence dans les années 80. Due à plusieurs causes dont les moindres ne sont pas une succession de réformes mal conçues ou inutiles et la promotion par des idéologues traîne-savates de principes de non-autorité et de non-magistère, la dégradation de l’enseignement primaire depuis la fin des années 60 a créé toutes les les conditions d’une injustice : seuls aujourd’hui s’en tirent convenablement les enfants de familles aisées et cultivées, soucieuses de transmettre leur acquis. Sous les coups de pioche de révolutionnaires à tête d’oiseau-mouche, l’édifice de Jules Ferry s’est effondré.

Le rejet par certains étudiants de la notion même de sélection : de la sélection en soi (et non pas seulement des méthodes employées pour y parvenir), quand il n’est pas animé par la simple prudence d’échapper à la confrontation des talents, prend en compte cette inégalité des chances. Mais hélas ! sans que les contestataires s’aperçoivent qu’elle a été introduite précisément par l’idéologie qu’ils défendent et dont leurs parents ont braillé les slogans. À écouter leurs doléances dans des micros obligeamment tendus, ils ne sont pas près de dépasser cette contradiction, ni l’université française de retrouver son lustre.

 

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article