Octobre 2017 à Janvier 2018

Publié le par Michel Mourlet

Octobre (suite)

   Catalogne. Après les séparatistes basques, rendus à la raison, semble-t-il, au terme de décennies de folie meurtrière, une poignée d’allumés à tête de linotte (celle de leur chef, cheveux en frange sur des hublots ébahis de ravi de la crèche, est significative à cet égard) poussent une petite moitié de la population catalane à réclamer l’indépendance de la province. Puis, faisant fi de la Constitution, ils organisent un référendum illégal et à ce titre ignoré des loyalistes, auquel cette petite moitié répond selon leurs propres dires par 90 % de « oui ». Ce qui, si l’on accepte ce comptage incertain et si l’on compte sur ses doigts, produit dans l’hypothèse la plus haute 45 % de votes positifs. Ensuite ils descendent dans la rue pour crier victoire et exiger le respect de la démocratie. Sur ce point seul je serais tenté de leur donner raison : au lieu de protéger l’intérêt général, la démocratie telle qu’on l’entend aujourd’hui est bien ce chariot cahotant, tiré par les bœufs couplés de l’idéologie médiatique et de l’ahurissement émotionnel, qui apporte encouragements et récompenses aux minorités hurlantes.

   Le piquant de l’affaire est d’observer la discrétion de Bruxelles, qui laisse croire que l’eurocratie choisit le statu quo national (mais elle condamne avec fermeté les « brutalités policières »). Or, nul ne saurait l’ignorer : dans une vision à long terme, l’intérêt des eurocrates, et les plus engagés ne se sont jamais privés de le dire, ni les mondialistes à plat-ventre devant Washington, cet intérêt va dans le sens de la dislocation des nations, dont les morceaux s’agrégeraient beaucoup plus facilement à leur mosaïque bariolée, dernière étape avant le gouvernement mondial de Big Brother, rêve au grand jour de nos élites.

   Cela dit, donner raison aux loyalistes espagnols ne signifie pas leur donner quitus de leur gestion de la crise. D’abord, et comme à son habitude, la « majorité silencieuse » se terre dans ses trous depuis le début des agissements séparatistes, votant même à l’occasion pour ses adversaires, en bons idiots ordinaires qui ne voient jamais rien venir. Quant à Madrid, interdire le pseudo-référendum revenait à lui donner l’importance que souhaitaient ses instigateurs et pourrait avoir pour conséquence de braquer une fraction de Catalans encore hésitants. Il eût mieux valu  traiter cette gesticulation par le mépris ‒ comme eût fait De Gaulle en semblable circonstance ‒ et annoncer simplement que, quel qu’en soit le résultat, son illégalité la priverait de tout poids dans la politique intérieure de l’Espagne. Il va sans dire que dans la logique de la cohésion nationale et de l’autorité qu’elle exige, une déclaration unilatérale d’indépendance devrait conduire à l’arrestation immédiate des meneurs et, si besoin était, à une intervention de la troupe. Attendons la suite avec inquiétude, en cas de nouvelles maladresses, d’atermoiements ou de demi-mesures du gouvernement central.

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   Le salé et le sucré. Sa dévorante curiosité allant parfois jusqu'aux cuisines, mon vieux camarade Patrice Dumby visitait ce mois-ci un site en volapük, du moins par son enseigne : « Saveurs Inn », dévolu à ce bel artisanat, lorsqu'il s'arrêta sur la recette d’un rôti de veau aux figues fraîches. La garniture de fruits s'accompagnait d'un commentaire dont la seconde phrase laissa pantois l'ami Patrice, qui n'eut de cesse de m'en faire part : « La figue est un fruit magique qui parfume à merveille les viandes blanches telles que le veau. C’est sûrement les cuisines africaines, indiennes et créoles qui ont influencées les tendances vers le mélange salé et sucré. »

   Est-on qualifié pour disserter de quelque chose sans en connaître l'histoire ? Lévi-Strauss, l’auteur du Cru et le Cuit, eût répondu « non ». On ne compte plus, par exemple, depuis trois ou quatre décennies, les critiques de cinéma jamais croisés à la Cinémathèque ni au British  Film Institute,  pour qui le septième art commence avec Scorsese, Woody Allen et les disques vidéo Blu-ray. Des journalistes osent donner leur avis sur des films dont ils ne perçoivent, en gros, que la thématique fournie par les dialogues et, s’il y a lieu, la bougeotte ostensible de la caméra, nous ramenant ainsi au bon vieux temps de Georges Sadoul. Ce n'est qu'un exemple parmi d'autres, depuis qu'on sacrifie la verticalité historique au bénéfice du plan horizontal : le monde contemporain immédiat, éclairé seulement de ses vacillantes lumières.

   Si la personne, sans nul doute pleine de bonne volonté, qui a énoncé cette énormité (avec, bien-pensance oblige, une génuflexion devant l’autel du métissage, et en oubliant la Chine !) avait lu sinon testé le recueil d'Apicius (dont une bonne traduction figure au catalogue des Belles Lettres), elle n'aurait pas ignoré que toute l'Antiquité européenne a mélangé systématiquement le sel avec le sucre sous les espèces du miel, fabriqué de préférence par les abeilles de l'Hymette... Jamais Lucullus n’a servi à ses invités un rôti de porc qui ne fût badigeonné d’une coulée de cet or sucré. Si cette personne avait au moins parcouru le célèbre Viandier de Taillevent, un des tout premiers livres de cuisine en langue française, elle se serait aperçue que l'aigre-doux à base de sel, vinaigre et sucre, pour les viandes, les poissons, les potages, était au Moyen Âge presque un dogme. Enfin, s'épargnant ces lectures d'un autre âge, si elle avait simplement ouvert Un Festin en paroles de Jean-François Revel, il ne lui serait pas venu à l'esprit d'invoquer les Antilles ou l'Inde pour expliquer l'une des plus anciennes traditions culinaires de notre continent, de tout temps bien vivante : que l'on songe, entre cent autres préparations, aux rollmops scandinaves, à l'accompagnement des viandes blanches, des volailles et des gibiers, aux marmelades d’airelles, aux confitures d’oignon !

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   Les facéties de Micromacron. Sans autre lien avec le Micromégas de Voltaire qu’une vague parenté d’étymologie, dans le genre très particulier du merveilleux philosophique Micromacron  n’est pas mal non plus. Non content d’avoir craché sur l’histoire de son pays, nié l’existence d’une culture française, puni son chef d’état-major d’avoir dit la vérité sur nos boutons de guêtres (que ne s’est-il inspiré, cet indocile, de l’illustre Maréchal Le Bœuf !), comblé de faveurs ses copains milliardaires, traité ses autres compatriotes comme de la valetaille, bradé à nos concurrents quelques fleurons de notre industrie et, tel un coupe-jarret de la cour des Miracles,  ôté cinq sous de la bourse des pauvres, le voici qui veut commémorer Mai 68, dont nous subissons les séquelles depuis cinquante ans. On lui prête aussi, ne le répétez pas, l’intention d’instaurer la célébration nationale de la Grande Peste de 1348, et de débaptiser la flamme du Soldat inconnu – puisqu’il est inconnu, quelle importance ? ‒ au profit de l’Incendie de l’Hôtel-de-Ville, qui serait symboliquement ranimé tous les 24 mai par Mme Hidalgo.

Novembre

   Une machine infernale. Quand un critique au flair exceptionnel, à la plume ultrasensible, et un valeureux éditeur associent leurs talents pour produire un livre, cela donne Matulu, journal rebelle, une anthologie de près de cinq cents pages qui vient tout juste de quitter l’établi de François Kasbi pour le catalogue des Éditions de Paris-Max Chaleil. On y constate, entre autres, le rôle joué par ce magazine dans la découverte ou l’installation d’écrivains tels que les Suisses Jacques Chessex et Gustave Roud, objets de copieux dossiers en partie repris dans l’anthologie, et dont la Correspondance 1953-1976 vient d’être publiée chez Infolio à Lausanne. L’eût-elle été sans Matulu ? Allez savoir ! Déjà, cette anthologie superbe, le Figaro littéraire avec un grand article de Thierry Clermont, Christian Authier dans l’Opinion indépendante, Olivier Maulin dans Valeurs Actuelles, Êric Dussert dans le très suivi Matricule des Anges et deux ou trois blogues enthousiastes ‒ dont celui fort singulier de Roland Jaccard ‒ s’en sont emparés.

 Matulu, c’est la machine infernale que j’ai bourrée d’explosifs en mars 1971 et actionnée jusqu’en 1974 pour bousculer l’académisme des arts et lettres officiels, ce qui m’a valu la haine tenace de ses défenseurs, encore perceptible aujourd’hui. On observera cependant que malgré d’importants efforts ils ne sont jamais tout à fait parvenus à me bâillonner, ni à empêcher certaines mises au jour et remises en question. Je me risquerai même à imaginer que, bien amorcée par l’accueil médiatique d’Une Vie en liberté, l’inversion de la tendance va se poursuivre. On s’apercevra même de plus en plus que beaucoup de querelles présumées d’aujourd’hui étaient déjà les nôtres il y a plus de quarante ans. Cela prendra le temps qu’il faudra, mais se passe toujours ainsi dans l’éternel combat pour la vérité.  Ce sera aussi grâce au nouveau pavé dans la mare lancé par Kasbi. Qu’il en soit remercié ainsi que son éditeur.

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     À quoi bon vivre à Biarritz ? Jean Le Gall, le patron des éditions Atlantica et Séguier, m’envoie Journées perdues, l’un de ses derniers-nés, dû à la plume alerte d’un essayiste biarrot, Frédéric Schiffter, qui affirme écrire pour tromper son ennui et placarde à l’entrée de son livre cette parole de l’Ecclésiaste : « Et tout cela pour rien ! » Je dois toujours faire effort pour suivre les aquoibonistes emplissant des in-octavos de phrases bien balancées, polies et repolies, au lieu d’aller dormir au soleil entre deux rails en attendant le passage du train. Je me souviens d’avoir demandé à Cioran, par article interposé, comment le dégoût qu’il ressentait à se sentir piégé comme une mouche dans la toile du « grand ratage métaphysique » ne l’avait pas conduit depuis longtemps à se passer la tête dans un nœud coulant. Question assurément banale que tout esprit sensé se pose, j’imagine, à la lecture de ces fulminations contre l’existence. Et j’en avais profité, crois-je me souvenir, pour citer Pascal, lui qui ne pouvait accorder de crédit qu’aux « histoires dont les témoins se feraient égorger ». Cioran, par le truchement d’une entrevue publiée dans un autre magazine, m’avait répondu qu’il ne se suicidait pas... parce que la mort lui paraissait encore plus sinistre que la vie !

 

   P.-S. : Forgeries. À Biarritz, les nouvelles n’arrivent pas vite. Parmi les amateurs de films, Frédéric Schiffter doit être le dernier à croire encore que la phrase condensée en amphigouri et placée par Godard en exergue du Mépris est d’André Bazin. Après maintes rectifications dans des articles et ouvrages spécialisés, portée sur la place publique en 2008 par Les Inrockuptibles, abondamment commentée sur la Toile, objet à elle seule d’une « petite bibliothèque » évoquée par Marc Cerisuelo dans sa préface à mon Écran éblouissant (paru aux PUF en 2011), la bourde godardienne est bien connue aujourd’hui de tous les cinéphiles. François Kasbi, en ouverture de son anthologie, présume d’ailleurs que Jean-Luc lui-même a fini par en être informé.

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   Forgeries (suite). Dans notre avant-dernier numéro, j’avais épinglé quelques phrases historiques dont aucun Sherlock Holmes  n’a jamais retrouvé trace dans les archives. On sait notamment que la prédiction hasardeuse de Mme de Sévigné : « Racine passera comme le café » a d’abord reçu de Voltaire un début de façonnage par le rapprochement de deux phrases issues de missives différentes, pour finir coulée dans le bronze par La Harpe dans son Cours de littérature. Une autre sentence fait florès depuis quelque temps. Je l’ai encore lue il y a peu sous une belle plume de Service littéraire, l’indispensable journal de François Cérésa. Voici donc ce qu’on entend partout : « Comme disait Cocteau, Il n’y a pas d’amour, il n’y a que des preuves d’amour. » Hélas ! Cet hommage à saint Thomas a été repéré par les lecteurs de Pierre Reverdy dans sa revue Nord-Sud. Or, comme elle est frappante, comme de surcroit les familiers de Reverdy ne courent pas les rues, il est naturel que la pente d’une certaine facilité conduise à l’attribuer à un écrivain plus célèbre, que l’on sait prodigue de phrases lapidaires et paradoxales. L’affaire est d’autant plus épineuse que Mme Carole Weisweiller, fille de l’hôtesse richissime du poète, est peut-être à l’origine de la méprise : on remarque en effet dans son livre Je l’appelais Monsieur Cocteau cette attribution erronée, due sans doute à un trou de mémoire. Dans sa préface à une édition du Mystère de la chambre jaune, Cocteau, il est vrai, énonce l’aphorisme en question... mais avec mention du véritable auteur.

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 Nouvelles des antipodes. Saluer par deux fois Les « Inrocks » dans la revue de Bainville ! C’est pourtant ce que je vais faire, après lecture d’un fort gracieux article de ce magazine antipodique sur Matulu, journal rebelle, article dû à un écrivain dont le patronyme est déjà un programme à lui seul : Libérati. Merci, Monsieur. Dans ce papier consacré à des revues et magazines disparus se trouve évoqué aussi avec sympathie Le Spectacle du Monde, auquel j’ai longtemps collaboré jusqu’à sa disparition récente, dont nous sommes nombreux, lecteurs et collaborateurs, à ne nous point consoler.

Décembre

   Au voleur ! Le hasard d’une balade sur la Toile m’a amené jusqu’à une annonce bibliophilique décrivant un exemplaire des Contes de la rue Broca, de Gripari, édition 1973 : Bel envoi autographe signé de l'auteur à Michel Mourlet : « ... hôte généreux qui m'ouvrit les colonnes de Matulu, pour lui signaler la deuxième édition des Contes de la rue Broca, avec mes amitiés suraiguës. » Plats légèrement et marginalement ombrés sans gravité, agréable état intérieur. Le vendeur aurait pu ajouter : Exemplaire dérobé à son dédicataire, car si j’ai reçu un jour en mains propres ce volume, je puis certifier aux mânes de Pierrot la Lune que jamais je n’aurais voulu m’en séparer, surtout pour en tirer chez un libraire, à l’époque, à peu près le remboursement de mon aller-retour en métro !

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   Les Maux de la langue : « on » a remplacé « nous », « tu » remplace « on ». M. François Baroin, au sujet de la mort de son père dans un accident d’avion, objet de thèses complotistes, déclare au journal L’Opinion : « Je veux m'en tenir aux rapports d'experts. Sinon, tu peux déraper et totalement changer de vie. »

   L’un des inconvénients de l’âge, c’est d’assister en direct (« en live », diraient les indigents du quart monde lexical) à l’évolution – c’est-à-dire le plus souvent à la dégradation – de notre langue autrefois si belle, en train de devenir dans la bouche des pollueurs un informe jargon de quelques centaines de mots, dont la moitié singés d’une autre langue. L’entreprise de décervelage du bon peuple, si génialement anticipée par Jarry, s’en trouve bien sûr accélérée. Ainsi, maintenant que le pronom indéfini « on » a presque éliminé le personnel pluriel « nous », « on », désormais ressenti comme « nous », peine à s’employer dans les phrases à sujet indéterminé puisqu’il  implique à présent la responsabilité du locuteur. Par exemple, tel qui dit « En revenant de l’enterrement de l’oncle Jules, mes frères et moi qu’est-ce qu’on a rigolé ! », perçoit obscurément qu’il ne peut pas user de la même forme grammaticale pour énoncer une remarque d’ordre général : « On n’est pas obligé de pleurer à tous les enterrements » se transformera donc dans sa bouche en « Tu n’es pas obligé etc. » C’est du moins ce que j’entends à la radio ou à la télévision chaque fois qu’un cas similaire se présente à un micro tendu dans un vestiaire de stade ou lors d’une parlotte de trottoir.

   Certes, en l’occurrence, « tu » ne se substitue pas seulement à « on », mais éventuellement à « vous ». Le « vous » trônant parfois dans une proposition à sujet indéfini était là pour suppléer à l’univalence de « on », qui ne sait jouer que le rôle de sujet. Personne ne dira : « On n’est pas obligé de pleurer à tous les enterrements, c’est à on de choisir », mais : « c’est à vous (ou à chacun) de choisir. » Et si, dans ce type de proposition, « vous » apparaissait parfois à la place d’un « on » sujet, c’était à l’instar de « chacun », « personne », ou « nul » : simplement pour amener un peu de variété à la tournure.

   Outre qu’elle pallie le détournement personnalisé du « on », l’apparition récente de la deuxième personne du singulier dans les propositions à sujet indéterminé répond donc aussi à des besoins extra-grammaticaux. Le premier : favoriser l’invasion du tutoiement exigé à la fois par le nivellement égalitaire et par l’anglicisation (you, pronom unique). Cette tendance à la familiarité – que d’aucuns qualifieraient de « populacière », ce dont je me garderai ‒ a gagné non seulement les jeunes générations mais jusqu’aux états-majors d’entreprises et, on vient de le voir, la classe politique et les services de l’État. Résultat : les valeurs ajoutées du voussoiement et du tutoiement, notamment celles si précieuses de la distance, du respect et de l’intimité ‒ souvenons-nous ici d’un fameux épisode de la Montagne magique ‒, sont abolies au profit d’une parole étale, neutre, indifférenciée ; de contenu affectif égal à zéro. Exemple parmi d’autres d’un déficit du contact humain, d’une perte de cet « échange » qu’on invoque d’autant plus qu’on le pratique de moins en moins.   

   Second besoin : « déresponsabiliser » le locuteur, opération déjà entamée avec le passage du « nous » au « on ».  À la faveur de cette délégation de fonction, le sujet personnel, défini et identifiable, lourd à assumer comme tel, devenait indéfini. Dès lors sa responsabilité dans l’action ou l’état exprimé par le verbe s’atténuait, diluée dans un brouillard perçu comme protecteur. Puis, nouvelle étape, le « on » ayant endossé malgré tout un peu de la volonté active du « nous » répudié, cherche de façon tout aussi inconsciente et logique à s’en décharger complètement sur l’interlocuteur, d’où le surgissement du « tu » qui, beaucoup plus que l’ancien « vous », désigne avec force celui à qui l’on s’adresse comme le sujet réel du verbe énoncé.

   La chirurgie de Procuste et la responsabilisation de l’« autre » aux fins de s’exonérer soi-même sont deux principes qui commandent la société actuelle : il est naturel qu’ils s’appliquent même aux petits problèmes de langage.

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    Coup d’œil en arrière. La périodicité de notre revue offre un avantage, du moins en ce qui me concerne : elle me permet dans la même livraison de revenir sur des réflexions notées presque trois mois auparavant à propos d’événements qui, depuis, ont subi le passage du temps. Ainsi, la Catalogne. En décembre, des inquiétudes consignées en octobre peuvent se révéler justifiées. M. Rajoy s’est encore fourvoyé en pariant sur une victoire à des élections qu’il n’était pas tenu d’organiser, et qui relèvent d’un système encore plus biaisé que le nôtre. Son tort est d’être un authentique démocrate : il croit à la légitimité du nombre, aux bienfaits du suffrage universel même un peu arrangé,  au sens politique des citoyens et sans doute à d’autres fariboles du même ordre. S’il veut conserver à l’Espagne ses frontières et  son rang, et si les Catalans étaient des Basques, ses erreurs risqueraient de l’engager dans une guerre civile. Mais nous n’en sommes pas là : que ferait Barcelone, voyant s’éloigner ses pantoufles douillettes avec ses entreprises en fuite et ses touristes en désarroi ?

Janvier

   Pour calmer la grogne. Autre retour en arrière : France Info nous informe que notre Président renonce à commémorer Mai 68 ! C’était pourtant une belle opération dans le sens de l’Histoire, où M. Hollande, ex-mentor du jeune Macron, était passé maître : d’un côté, on prend des mesures impopulaires pour récupérer des sous, de l’autre on désamorce les conflits en offrant aux protestataires des cadeaux qui ne coûtent rien. « Pour distraire mes Q.I. à deux chiffres, se dit le surdoué, il va falloir trouver mieux. » Suggestion : une idée encore plus progressiste, du type mariage pour tous ou repentance du passé colonial. Blocus de l’Autriche jusqu’à ce qu’elle revote dans le bon sens ? Quota de femmes pour le pilotage des avions de ligne ? Taxe spéciale sur le caviar russe ? Restons confiants.

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