Socialisme et langue française

Publié le par Michel Mourlet

  De Jaurès à Chevènement (il ne m’en voudra pas, j’espère, de le ranger dans cette liste plutôt flatteuse bien qu’un peu hors d’usage), en passant par Anatole France, Blum et Mitterrand ‒ le socialiste entre guillemets, certes, mais tout de même ‒, les grands ancêtres avaient en commun une particularité qui rendait acceptables, j’ai failli dire sympathiques, leurs carabistouilles et billevesées : ils pratiquaient leur propre langue souvent avec force, parfois avec élégance, toujours dans le respect de ses règles et la maîtrise de ses ressources lexicales.

   Hélas ! Ces temps sont révolus. Les socialistes ont commencé avec M. Jospin à exhiber au grand jour une méconnaissance de la langue française dont il faudrait chercher l’origine, probablement, dans les parages de mai 68 et les lubies des Tournesols pédagogues. C’est en effet sous la férule de l’instituteur Jospin que nous avons assisté, ébaubis, au déferlement d’une forme dérivée de la démagogie et réservée au beau sexe. Depuis, dans le discours officiel et public, se pressent en foule les grotesques celles et ceux et les choix de genre proposés entre parenthèses ‒ par exemple : les meilleur(e)s candidat(e)s) ‒, censés valoriser pour le plus grand bonheur de quelques débiles mentaux(ales) la féminité grammaticale. Or tout un chacun le savait avant que Tournesol n’intervînt : le neutre en français n’existant point, c’est le masculin, pour l’occasion asexué, qui en tient lieu.

   Cela n’était qu’un avant-goût. À présent, tout ministre, voire simple attaché parlementaire fictif ou non fictif qui gravit ou descend les marches du Palais, toute poupée télévisée ou responsable associatif citoyen s’exprime (plein de pour beaucoup de, conséquent pour important, depuis tout petit pour depuis mon enfance...) comme on parlait autrefois à la maternelle ou dans les loges de concierge, profession fort utile et respectable, mais qui a fourni au cours de l’Histoire peu de modèles aux rhéteurs. Pour étayer mon propos, il convient de donner un exemple dont la puissance emblématique suffira à couvrir la totalité du problème.

   Qui de mieux qu’un (ou une !) ministre de l’Éducation nationale pourrait remplir cet office ? Offrons donc à Mme Najat Vallaud-Belkacem (l’une des rares personnes en France, si l’on s’en rapporte au Who’s Who, à être née sans père ni mère, contredisant ainsi d’imprudentes certitudes des biologistes), offrons donc à cette séduisante preuve de la génération spontanée l’occasion de devenir un symbole. De quoi ? Tout simplement de l’actuelle inaptitude socialiste à manier la langue française. Lors de son affrontement avec Mme Le Pen sur France 2, elle a prononcé par deux fois l’expression fatale : « tri sélectif » ! Eh oui, le tri qui sélectionne, le tri qui trie ! Il manquait encore pour certains d’entre nous un pendant à la « panacée universelle » ; sans parler des « secousses sismiques ». Mme la ministre a comblé cette lacune, en allongeant de la manière la plus officielle et gouvernementale la liste des pléonasmes bêbêtes, jadis victorieusement combattus par nos professeurs de sixième.

   Avec les Jeux de Coubertin promus à Paris sous réclame angloricaine (toute vergogne bue, il aurait mieux valu du chinois), on murmure chez les anges qu’Anatole, le Léon aux lorgnons, le beau François et tous les autres préparent à leurs héritiers une sacrée réception au Paradis des Lettres.

Publié dans Langue française

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