Merci à l'Angleterre

Publié le par Michel Mourlet

Bien que je préfère de beaucoup m’occuper des choses dites de l’esprit, qui sont un peu à la politique et pour l’homo politicus ce que pour les physiciens l’antimatière est à la matière : une réalité constatée en quantité infime, qu’ils sont très loin de comprendre, de maitriser et même de localiser, j’entends aujourd’hui, 24 juin 2016, faire un léger accroc à mes préférences. Je m’occuperai un instant de politique pour saluer et remercier l’Angleterre.

De nouveau, cette clairvoyante nation va nous aider à surmonter un désastre. Pour lui exprimer ma reconnaissance et aussi lui transmettre les félicitations soulagées de toutes les personnes lucides, vivantes ou mortes, à commencer par un certain Général, qui ont tenté de faire comprendre aux Français l’impasse bruxelloise avant même qu’ils y fussent engagés, je ne puis mieux faire, de prime abord, que de recopier un fragment récent des Carnets politiques de mon vieux camarade Patrice Dumby, bien connu de mes lecteurs. Ce fragment, intitulé « À l’anglaise », daté du 25 février de cette année et publié sur Over Blog, disait ceci :

« Indiscutablement plus intelligents que les autres, les Anglais dans leur majorité ont compris depuis toujours l’inviabilité de l’Europe bruxelloise et toujours été offusqués par l’abandon de souveraineté qu’elle impose. Ils ont donc, dès l’origine, choisi d’y prendre ce qui les avantage un peu (très peu, quelques facilités du trafic bancaire, une subvention par-ci, par-là) et de rejeter ce qui les paralyserait comme nous, notamment la monnaie unique. À présent que les maigres avantages qu’ils en retiraient compensent de moins en moins les inconvénients, ils essaient d’obtenir encore plus. Sinon, ils s’en iront, ce qui leur permettrait ‒ enfin ! ‒ de retrouver leur totale liberté d’action, condition indispensable au bon gouvernement d’un peuple. Triple horreur pour les partenaires : la cotisation anglaise disparaîtrait du budget, le mythe fondateur de l’Empire démocratique européen serait frontalement attaqué, le premier domino tomberait, ce qui ne peut qu’entraîner l’écroulement des autres, un par un. Vive l’Angleterre qui va peut-être nous sauver, comme en quarante ! »

Vous voyez, chers visiteurs de l’espace entoilé, que c’était tout de même plus prophétique et mieux pensé que le déluge d’absurdités, de contre-vérités, de sondages taillés sur mesures et cousus main qui s’est abattu sur nos têtes pendant un mois. L'absence d'argument autre qu'incantatoire pour étayer la croyance en l'Europe et sa monnaie a même conduit les médias à taxer de racisme et d'extrémisme de droite les partisans du rejet !

De cette tentative d'intimidation, le point le plus fort, le plus culotté (car il faut un sacré aplomb pour oser cela, ou se sentir vraiment en péril), fut d’instrumentaliser un fait divers pour tenter d’en faire un argument en faveur du statu quo. Si on avait l’esprit mal tourné, ce qu’aux dieux ne plaise, on soupçonnerait presque les partisans du « Non au Brexit » d’avoir fait assassiner la malheureuse politicienne pour détourner du « oui » l’électeur débile censé marcher à l’émotion. Par bonheur, l’électeur britannique est en majorité moins stupide que ne le pensent les journalistes : il n’a pas pesé sur la même balance la pulsion meurtrière d’un déséquilibré et des enjeux politiques de conséquence capitale pour son pays . Et comme la démocratie réelle appartient à son bagage génétique, le Royaume-Uni ne s’assiéra pas sur la consultation populaire comme on le fait en France quand l’électorat refuse d’obéir aux consignes officielles. Radio Londres, à Paris, a encore de beaux jours devant elle.

Pour clore ce chapitre consacré, non seulement à l’intelligence et à l’esprit d’indépendance du peuple anglais, mais aussi au rappel de la lucidité de quelques-uns face à l’entêtement aveugle du club qui prétend conduire le monde avec l’indéfectible soutien des perroquets médiatiques, vous m’autoriserez peut-être, chers visiteurs, à diriger une fois de plus votre attention sur deux ouvrages qui me touchent de près. S’ils avaient été un peu plus ou un peu mieux lus, ils nous auraient évité bien des déboires.

Le premier, réunissant vingt signatures parmi les plus vigilantes, s’intitule l’Europe déraisonnable. Il a été publié en 1992, juste avant Maëstricht, pour essayer d’avertir nos concitoyens. Le second, de ma seule encre, Français mon beau souci (France Univers, 2009), reprend entre autres l’espèce de manifeste que j’ai écrit en 2002 en compagnie de Philippe de Saint-Robert sous le titre Pourquoi Chevènement. Tout lecteur de bonne foi peut donc vérifier qu’il était tout à fait possible, et même relativement aisé il y a vingt-quatre ans, il y a quatorze ans, il y a six ans, d’analyser l’inéluctable désagrégation de la chimère bruxelloise. Il suffisait d’éclairer par des raisons de pur bon sens, puisées dans la logique de l’Histoire, sa ruineuse inutilité d’alors et sa nocivité à venir. L’exigence de souveraineté non négociable de la nation britannique y était même saluée à l’avance, de même qu’annoncée la menace de la rue provoquée par la surdité des élites. En fait, tout était parfaitement prévisible de ce qui se passe aujourd’hui.

Quant à persuader le citoyen français de plus de quarante ans que l’Europe de Bruxelles a apporté quelque chose qui n’aurait pu exister sans elle à notre activité économique... Au souvenir de l’avant-Maëstricht et au vu de ce qu’il a sous les yeux, c’est un grand éclat de rire qui secoue notre citoyen.

Rule, Britannia !

Publié dans politique

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