Y a-t-il encore un cinéphile dans l'avion ?

Publié le par Michel Mourlet

~~ Je reçois d’un lecteur ce message : « J'aurais quelques questions de cinéphile à cinéphile : ‒ Quentin Tarantino : que pensez-vous de son approche de la mise en scène, complètement à l'opposé des idées que vous exposez dans Sur un art ignoré ? Les chapitrages, les voix off, les textes à l'écran, les longs bavardages, la violence très graphique et rarement justifiée ... ‒ David Fincher : Gone Girl, Millennium, The Social Network : qu'en pensez-vous ? Ces deux auteurs me posent des problèmes : ils sont très appréciés autour de moi et j'ai du mal à convaincre que ces réalisateurs ne valent pas la peine qu'on passe trop de temps sur leur films. »

Voici ma réponse :

Excellente année à vous et merci de vous intéresser aux opinions d’un cinéphile quelque peu hors circuit. J’ai vu un ou deux films de Tarantino à la télévision. Cela ne m’a pas donné envie de voir les autres. Il m’a semblé incarner ce qui fait du cinéma américain d’aujourd’hui une fabrique de produits de grande consommation, tout en surface, paillettes, et comme vous dites, bavardages, correctement ficelés, où ce que nous cherchions et parfois trouvions n’est même pas envisagé : le dévoilement d’une vérité humaine, le souffle d’une poésie cosmique, la fascination d’une tragédie, à travers les acteurs, l’épaisseur de leur personnage, la sensibilité au décor.

Je ne connais pas David Fincher. Désolé !

En résumé, je crois que les spectateurs qui aiment le cinéma à la Tarentino ne peuvent rien voir, rien entendre dans la Fille du désert ou le Tigre du Bengale, et réciproquement. Je crains que le cinéma ne se réfugie de plus en plus dans de petites productions fauchées, genre belges, regardées par dix mille personnes. Le rêve du grand art populaire où tout le monde pouvait trouver son aliment à tout niveau se dilue dans la bande dessinée. Le cinéma industriel est en train de vivre en accéléré ce qui est déjà arrivé à la littérature, la peinture, la télévision, etc. La société de marchandise, et c’est bien naturel, préfère aux statues de Maillol les canards en plastique de M. Pinault.

Bien attentivement à vous,

Seconde missive de mon correspondant :

« Je vous remercie pour votre réponse, rapide et pertinente. Loin de moi l'idée de vous accaparer, mais si vous acceptiez de poursuivre cette petite conversation, j'en serais très flatté. J'ai acheté et lu Sur un art ignoré et L'écran éblouissant, ainsi que votre opus sur Cecil B. DeMille. Trois livres qui sont effectivement sur ma table de chevet. Concernant le cas Tarantino, nous nous rejoignons sur les grandes lignes. Néanmoins, vous dites n'avoir vu deux de ses films que sur le petit écran. Or, comme vous l'avez si bien dit vous-même, à la télévision, on perd environ 40% de la mise en scène, principalement à cause de cette pratique stupide qu'est le pan & scan. Et je ne mentionnerai même pas le débit de 25 images par seconde, qui altère faiblement mais forcément la perception qu'on a de ce qu'on voit et entend.

" Ceci posé, j'entends parfaitement vos remarques, toutes justifiées, qui me semblent aller dans le bon sens. Pour ce qui est de Colorado Territory, que j'ai découvert grâce à vous, et du Tigre du Bengale, j'ose croire qu'on spectateur de cinéma lambda saurait quand même les apprécier, même si ce n'est pas à leur juste valeur. Pour ma part, j'aime beaucoup le "dyptique hindou", les Mizoguchi que j'ai pu me procurer (j'ai encore revu L'Intendant Sansho il y a deux jours, et je suis bouleversé comme à la première vision), La Nave delle donne maledette et Treno Popolare (Matarazzo, que vous m'avez fait découvrir), Voyez-vous des films récents, des années 2000 ?

"Je partage votre engouement pour les films "classiques", mais force est de reconnaître qu'on peut trouver de belles œuvres dans la production contemporaine. Boyhood, de Richard Linklater (2014) ? L'Odyssée de Pi, de Ang Lee ? Les derniers Terrence Malick : To the wonder/A la merveille, et Tree of life ? Les films d'animation de Hayao Miyazaki : Le Vent se lève (2014), Le Voyage de Chihiro ? Pour finir, que pensez-vous de la ligne éditoriale des Cahiers du cinéma, en particulier dans les numéros de 2014? Leur refus du réalisme ? »

Et enfin ma réponse :

Hélas ! à quelques exceptions près, mes activités depuis les années 80 m’ont beaucoup éloigné du grand écran, pour lequel je dois avouer que je n’éprouve plus, globalement, l’enthousiasme de mes vingt ans. Sorti des vues générales sur l’esthétique, sur la mise en scène, ou sur les rapports de l’image et de l’écrit, je ne suis plus un interlocuteur valable. Je ne lis plus depuis longtemps les revues de cinéma et j’ignore presque tout de ce qui peut intéresser dans les années 2000 un authentique amateur de films comme vous...

Publié dans Cinéma

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