Des nouvelles d’Osbert

Publié le par Michel Mourlet

Des nouvelles d’Osbert

~~ Pour ceux de mes lecteurs, je l’espère assez rares, qui auraient la malchance de n’être pas abonnés ou de ne pouvoir acheter en kiosque le mensuel « Service littéraire » de François Cérésa, je prends la liberté de reproduire ci-dessous le « papier » que je viens d’y publier sur le dernier ouvrage de Christopher Gérard : « Osbert et autres historiettes ». Il y a beaucoup d’autres articles à lire d’urgence dans ce numéro de juin, mais j’ai une tendresse particulière pour le petit livre de notre Bruxellois ; et je souhaite le faire connaître au mieux de mes moyens. Il vient de paraître à L’Âge d’Homme, compte 112 pages et ne coûte que 10 €.

VIVE L’ANTHROPOMORPHISME !

« Je te rappelle que tu as une mission à accomplir, et un subordonné à châtier pour abandon de poste ! » Cette apostrophe, Smiley, attaché aux Services secrets de Sa Majesté, intarissable sur ses capacités, ses relations, ses souvenirs, se l’adresse à lui-même. C’est un bouledogue. Tout bêtement, si l’on peut risquer un adverbe aussi inapproprié. Car, étant son propre interlocuteur, il effectue le grand saut dans le règne de l’animal sapiens sapiens : celui qui sait qu’il sait. Depuis Ésope jusqu’à Ratatouille, en passant par les Oiseaux d’Aristophane, La Fontaine, Swift et combien d’autres, la littérature et les arts regorgent d’animaux qui se comportent en créatures raisonnables et raisonnantes. Certains même parviennent à domestiquer l’humain : les hennissants Houyhnhnms de Gulliver, ou les maîtres de la Planète des singes. Mais Christopher Gérard va plus loin : il instaure le monologue intérieur du rat d’appartement et du canidé, voire, pour répondre à la question de Lamartine – « Objets inanimés... » ‒ de l’ours en peluche. Il est l’Édouard Dujardin du renard des faubourgs qui fait son marché dans nos poubelles. Bourré de malice et de notations pittoresques, son délicieux petit livre, « Osbert et autres historiettes », nous invite à nous observer à travers les yeux de nos amis à poils et à plumes, nous qu’ils appellent leurs « humains de compagnie », et jugent de façon plus sévère que nous ne nous jugeons nous-mêmes. Pour eux nous sommes des êtres grossiers, empotés, ridiculement prévisibles. Fustigeant son accompagnateur, le bouledogue ira jusqu’à pasticher Ferrante : « En Patagonie ! En Patagonie pour incompétence ! » La théorie de Descartes, si fausse, de l’animal-machine, s’en retrouve cul par-dessus tête. On se prend à songer que ce qui fait la saveur, la durée et la pertinence des bestiaires anthropomorphiques, c’est qu’il y a là-dedans quelque chose de vrai : du bipède mal dégrossi au distingué Ducker, colvert élevé à Oxford, il n’y a pas de rupture ; seulement des degrés dans la grande chaîne du vivant...

Publié dans Littérature

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